crachin du matin n’arrête pas le pèlerin

qui a revêtu sa pèlerine

protectrice contre cette bruine.

qui mouille bien et fin.

C’est un nouveau départ pour les marcheurs réunis devant le gîte.

Ils sont impatients. C’est la reprise des marches de la nouvelle année et ce jour de janvier est aussi celui de la traditionnelle fondue linigérienne, jour de gloire culinaire pour Jacky à l’épaule maintenant métallique pour remuer sans fatiguer le fondant comté plongé dans le bouillant chardonnay.

Dring, premier téléphone : c’est les Pepiot : « nous sommes à la fosse, pouvez vous nous attendre 5 minutes ? ». Bien sûr que oui. Une rando sans Pépiot, c’est un gâteau sans sucre.

Dring, deuxième téléphone. Michèle, secrétaire émérite (du latin emeritus, soldat qui a fait son temps) et se définit ainsi « qui, du fait d’une longue pratique, est d’une remarquable habileté dans son domaine ; chevronné. En belgique : se dit d’un magistrat ou d’un professeur d’université qui conserve son titre après avoir cessé ses fonctions. ». Dans cette troupe, nombreux sont les « émérites », agriculteur, fromager, électricien, plombier etc. Les quelques rares actifs le sont en devenir. A l’heure de la retraite, quand cessera leur activité, ils prendront le grade d’ »émérite ». Fermez la parenthèse. Donc Michèle Emérite est au téléphone avec légère Fabienne qui nous rejoindra en cours de route à Epenouse centre.

Les formalités téléphoniques de gestion des exceptions terminées, Pierre lance : « cette fois on peut partir !». On abandonne la joyeuse équipe des dévoués sédentaires chargés de la préparation du repas et bravons le petit restant de crachin qui cessera au clos des noyers, découragé par le dynamisme de cette troupe imperméable. Nous saluons Marie Ange sur le pas de sa porte, réjouie de voir ces marcheurs sympathiques. Le chien nous regarde passer sans aboyer puisque Marie Ange nous salue cordialement. Son arthrose le dissuade de nous donner la patte.

La découverte de la bouteille plastique vide de monsieur Coca Cola, inhumée dans le fossé de la route départementale, lance la conversation avec Daniel, magistrat communal adjoint qui est de la fête avec sa Colombe. Le sujet est d’importance et la conversation est donc longue et nous emmène jusqu’au dépôt sauvage du parking, sortie de Vercel, route de Valdahon. Les malpropres ont été identifiés et convoqués. La sanction fut simple, efficace et éducative « si dans 8 jours vous n’avez pas « débarrassé » , nous verbalisons ». Deux jours après, le parking était propre, prêt à être à nouveau pollué.

Au bout de la longue ligne droite de l’ancienne route de Belmont, empruntée récemment par 19 marcheurs pour aller à la messe de Noël à la Grâce Dieu, nous changeons de direction et quittons le nord ouest pour le nord est, objectif Epenouse. Les organisateurs ont prévu une animation imprévue. Le compère sanglier moqueur de Sylvain Sylvette coupe notre chemin en haut du bois sans un signe de la patte trop occupé à gérer la course de ses 4 sabots plus efficaces sur ce terrain que le meilleur des 4×4. Les chasseurs ne font que le voir passer tant il est pressé d’être à l’heure à la messe dominicale des travailleuses missionnaires. Nous traversons les « champs belin », longeons la « combe hardie » et arrivons à Epenouse centre où légère Fabienne nous attend près de l’aire pique nique communale. Nous sommes heureux de l’avoir retrouvée et pour la fêter, on boit un coup et mangeons quelques fruits secs. Aucune voiture dans la principale avenue spinosienne que nous quittons après quelques décamètres, en direction du moulin d’Avelle en passant « sous l’Ageotte », paysage de bocage avec ses haies et ses bouquets d’arbres. Quelques dames arrosent en cachette.

A l’entrée du bois, les premiers perce neige, fleur du cœur de l’hiver, en botanique « galanthus nivalis «  auront bientôt entièrement fleuri le talus de leurs blanches fleurs d’amaryllidacées.

C’est beau.

Au bas de la descente, le ch’ti, propriétaire du moulin d’Avelle nous tient conversation. Serge le connaît pour s’être déjà rincé le gosier chez lui. C’est donc un homme sympathique qui aime parler avec les passants. Tel maître, tel chien qui fait d’abord connaissance du bout de sa truffe sans donner la patte, il y a trop de monde, et s’assoit ensuite pour écouter la conversation accompagnée de la musique des flots bouillonnants de l’Audeux toujours dans son lit mais à ras des champs.

Au moulin de Creuse, même spectacle. Les bassins sont pleins et des mares temporaires ont envahi les champs.

Ca fait déjà 8 km que c’est beau.

Maintenant plein sud pour rejoindre Vercel et nouveau spectacle aquatique de la cascade du haut fourneau. C’est toujours beau. Dire que certains construisent des parcs gigantesques avec beaucoup de millions pour faire de pâles imitations de dame nature. L’eau de la cascade resurgi du plateau où nous sommes passés il y a une demi-heure. Les pipis n’ont pas encore traversé le relief karstique. Il nous faut remonter par le sentier forestier qui longe le « bois Buhon » jusqu’au « saut du lièvre » où nous récupérons la courbe de niveau de Vercel. Pendant l’ascension, Marie Odile converse avec un autre Christian et lui demande de bons conseils pour trouver une essence de bois de bonne qualité pour les travaux de rénovation de sa maison. Autre Christian est compétent et propose  le mélèze coupé en bonne lune. Il donne même les bonnes adresses pour la fourniture. Marie Odile est écolo : la chimie lasurienne fongicide n’intoxiquera pas ses charpentes qu’elle laissera vieillir naturellement au grand air petrifontain. A la cabine téléphonique portable du saut du lièvre, appel à Yves au gîte pour annoncer notre arrivée imminente. Il est temps de mettre le couvert et d’installer l’apéritif.

Au bout de la dernière grande ligne droite entre « trou d’enfer », « Bonchaux » et « Tillon », voici le clocher de Vercel. A 12 h 15, nous arrivons enchantés de cette marche. L’apéritif est servi, la table dressée, le repas prêt. Il ne reste plus qu’à consommer.

C’est beau et c’est chaud.

Comme chaque année, les agapes sont joyeuses et animées de bruyantes conversations. Soupe aux pois en entrée, une excellente fondue pour colmater, un dessert pour sucrer, café et la goutte pour digérer, goutte distillée par Robert beau papa actuel de Jacky, fidèle à notre manifestation avec Christiane son épouse. Excellente goutte puisqu’à la fin du repas la bouteille a disparu. La troupe rassasiée quitte les lieux vers 16 h.

C’est beau et c’est fini.

Le lendemain, Mimi, Yves et Pierre font les derniers rangements.

A l’année prochaine pour la fondue

et à tout bientôt pour la prochaine marche « aux balcons de la Grâce Dieu » le 18 février.

Pierre Marguier