Histoire de Vercel-Villedieu-le-Camp : d'une commanderie templière à un village mort pour l'armée
L’histoire de la commune tient en deux noms et une disparition. Vercel apparaît dans les textes dès 1148 sous la forme « Vercellis », et devient Vercel-Villedieu-le-Camp en 1962 seulement, après l’absorption du village voisin.
La Villedieu, commanderie de plaine
Le second village portait le nom de La Villedieu-en-Varais, puis de Villedieu-lès-Vercel. C’était une commanderie de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, rattachée au grand prieuré d’Auvergne. Les textes ne parlent jamais de son église mais du « Temple de La Villedieu », ce qui laisse supposer une origine templière, un nom encore porté par l’édifice en 1850. La commanderie se comportait comme une seigneurie ordinaire et possédait des terres dans les villages voisins.
Du côté de Vercel, la seigneurie a marqué la région : Gérard de Vercel (1480-1544) fut un poète et philologue de la Renaissance, et Pierre Matthieu (1553-1621), fils du recteur des écoles de Vercel, devint un historien de cour. La commune absorbe le petit village de Goux en 1818. Au centre du bourg, la mairie occupe une ancienne halle aux grains construite en 1830, et la chapelle Notre-Dame des Malades, élevée au XVIe siècle dans une clairière à 2,5 km à l’est par François de Peloux, chambellan de Charles Quint et seigneur de Vercel, veille toujours sur son tilleul séculaire.
La mort du village
Tout commence en 1900, quand l’armée demande à la municipalité de Valdahon un terrain pour implanter un champ de tir en bordure de la forêt du Grosbois. En 1904 s’ajoute un camp d’instruction, inauguré le 15 juin 1907. Avec l’argent de l’expropriation de quatre fermes, la commune achète le 8 octobre 1907 soixante-quinze hectares de la forêt du Chanois pour 310 000 francs.
L’agrandissement du camp sera fatal à La Villedieu. Un premier décret d’expulsion de tout le village est signé le 18 mars 1914 par le président Raymond Poincaré, mais la guerre en suspend l’effet. Un second décret paraît le 7 mai 1924 et s’applique les 3, 4 et 5 novembre 1925 : le village cesse de vivre. Les indemnisations ne furent pas à la hauteur du sacrifice, et les familles se dispersèrent dans la région pour racheter ou louer des fermes.
Évacuée depuis le 1er juin 1926 et en instance de suppression, la commune est finalement absorbée par Vercel en 1962. La population avait chuté dans l’intervalle : 1 235 habitants en 1901, 998 en 1926. Aujourd’hui, la commune en compte 1 762, en croissance de plus de 10 % depuis 2017.
Ce qu’il en reste
Les armes de la commune portent un taureau d’or sur fond de gueules, en écho à l’élevage qui a fait vivre ce plateau. Le nom de Villedieu-le-Camp, lui, ne subsiste plus que dans le nom de la commune, et sur les cartes du camp militaire qui a effacé le village.
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